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Dijon à Jamait pour toujours
« Il faut continuer de gueuler la tête haute »

Dans son deuxième album Le Coquelicot (déjà plus de 70 000 exemplaires vendus !), c’est en chanson qu’Yves Jamait déclare sa flamme à Dijon. Après un Olympia à guichets fermés, il revient « saluer sa maîtresse burgonde » pour son deuxième concert de l’année au Zénith le 1er  décembre 2006.

À 16 ans, Yves Jamait fréquentait déjà les halles et ses bistrots. Alors aide-charcutier chez Gérard Degrace, il faisait connaissance avec le Saint-Éloi, où il allait devenir le seul punk à écouter de la chanson française, et le Pied de Cochon pour les parties de baby. Vingt ans plus tard, alors que les halles sont devenues un peu plus « bobos », Jamait est toujours là. C’est ici qu’il a choisi d’établir son QG, au premier étage du café Chez Nous. Dans son bureau au mobilier signé Emmaüs, Yves Jamait raconte sa vie et la ponctue de ses formules qui frappent. L’occasion notamment d’évoquer ses débuts d’artiste, au siècle dernier, pour faire tituber de sa gouaille éthylo-poétique quelques soirées mémorables du bien nommé Bistrot de la Scène. Son trio s’appelait encore De Verre en Vers et les seules tournées qu’il pouvait s’offrir étaient sirotées le soir-même dans quelques troquets de la rue Berbisey, là où, au compte-goutte, il a construit son style et sa (bonne) réputation...« Dans les années 80, le quartier – où j’ai vécu, cours des Frères – avait une mauvaise image, raconte-t-il. Et pourtant il était comme un village où les gens se connaissaient tous. »

Yves Jamait trouve au comptoir de l’Univers, chez Jean-Louis, un vrai point d’ancrage (encrage ?) en même temps qu’une source intarissable…d’inspiration. Il y fait l’ouverture et la fermeture. La chanson qu’il dédie à Dijon évoque aussi tout ça : « La ville appartient à tous les gens qui y vivent… même à ceux qui se vautrent sur la place du Bareuzai ».« Has been », selon ses propres termes, Yves Jamait se dit nostalgique de ces bistrots où « On parle mais il se fait tard /C’est la fin du monde et j’ai plus rien à boire ». Et, quitte à refaire le monde, s’il avait pu choisir, il aurait volontiers promené ses 20 ans, et son front populaire à demi-mangé par sa casquette, en 1936. La chanson Y’en a qui raconte ces revendications et cette révolte propres à ceux qui n’ont pas grand chose. « Y’en a qui s’ront jamais dans la merde : c’est ce que j’ai entendu à l’usine», dit-il. Il le regrette : aujourd’hui, « il n’y a plus personne pour nous défendre… enfin, pour défendre les ouvriers. Les syndicats parlent des « collaborateurs » : ils trouvent à tout des termes politiquement corrects. Moi, je crois qu’il faut continuer de gueuler la tête haute. »

Aujourd’hui, en quintette à cordes et piano à bretelles (un piano qui prend au riche pour donner au pauvre), Jamait impose sans vergogne son nom et son swing mâle de casquette-lover sur les plus grandes scènes de l’Hexagone. Dans la fleur de l’âge, il essaie – malgré un agenda de ministre ! – de prendre du temps pour les autres. Il parraine ainsi l’association Grand Dire, créée par la maman de Titouan, cinq ans, atteint d’une maladie orpheline. Il a été contacté, juste après la sortie du Coquelicot, par Les Cigognes, à Grenoble, une association d’entraide menée par des mères célibataires qui a souhaité le rencontrer après avoir entendu l’émouvant Vierzon, qu’il a dédié à ce père qu’il n’a jamais connu.

« Ma mère, raconte-t-il, s’est retrouvée seule, à 26 ans, avec trois enfants. Mon père, alcoolo, est parti quand j’avais neuf mois. Comme je le dis dans la chanson, je n’ai pas manqué de ce que je n’ai pas connu ». Pourtant, en 2002, lorsqu’il apprend le décès de cet homme, un choc se produit. Yves Jamait se rend dans le Cher, à Vierzon, où il découvre le visage de ce père. « La première fois que j’ai vu un mort, c’était mon père. Et la première fois que j’ai vu mon père, c’était un mort ». Avec un bijou d’écriture comme Vierzon (citons également Dimanche à (re)découvrir au fil du premier album), Jamait entre à l’évidence dans la famille de ceux qui ont réhabilité la chanson réaliste populaire. Mais il ne s’en cache pas : il n’a pas fait d’études et il lui a fallu du temps pour y arriver. Les textes de Maxime Le Forestier lui ont ouvert les yeux, et il s’est formé en lisant, armé d’un dictionnaire. « Je chialais quand je n’arrivais pas à comprendre un livre. Cette lutte contre moi même a duré 20 ans. Jusqu’à ce qu’on me dise que ce que j’écrivais était bien. Et encore : lorsqu’un professeur ès lettres est venu un jour me féliciter, je n’y croyais pas. J’étais persuadé qu’il allait s’apercevoir de la supercherie » !

1961 : naissance à Dijon, le 28 octobre
1975 : apprentissage de la cuisine au CET du Castel
1977 : découvre la guitare… et la vie active (il sera cuisinier, manœuvre dans le BTP,
            animalier en labo 
pharmaceutique, infographiste…)
1997 : formation d’un premier trio baptisé De verre en vers
2001 : le groupe, rebaptisé Jamait, sort son premier album
2006 : Jamait fait à Dijon son premier Zénith (mars) et sort le deuxième album