On l’annonçait à la retraite. Peut-être le moment de réviser nos idées vieux jeu sur le sujet ? Thomas Derville a quitté Unilever Bestfood, la maison-mère d’Amora-Maille, où il avait été nommé l’an passé «senior vice-président», pour endosser aussi vite un nouveau maillot. Maintenant, et depuis décembre, c’est pour Vitagora qu’il court, capable lors d’une réunion de travail, à quelques jours du bouclage du dossier, de se présenter… en tenue de ski ! La retraite, selon Thomas Derville, c’est ça : de l’enthousiasme.
«
J’ai toujours été passionné et j’ai toujours pris la voie d’un engagement personnel entier, explique-t-il. J’ai beaucoup de mal à faire la distinction entre mon occupation et ma vie personnelle. Pour moi, tout est synthèse. » Heureusement, madame le prend bien. Elle en a beaucoup supporté : «
Lorsque je m’occupais des champagnes Pommery, raconte Thomas Derville,
j’ai voyagé jusqu’à 200 jours par an » Mais elle a été un soutien : «
Je tiens une partie de mon énergie de mon épouse. Elle a toujours eu la souplesse d’accepter les déménagements successifs. » Elle pensait qu’à 60 ans il se calmerait. D’ailleurs, elle avait tout prévu. Un voyage au Costa Rica pour fêter la fin d’une carrière bien remplie. Mais le téléphone n’a pas arrêté de sonner. Ambassadeur, c’est du boulot. Thomas n’y peut rien, c’est de famille. Ses yeux bleu azur, son regard franc façon « gens du Nord », son énergie et sa culture d’entreprise : son frère Éric, président-fondateur de Norauto, a les mêmes à la maison !
Thomas Derville, lui, a fait HEC. Après un service dans la marine, il est entré à la Générale alimentaire en 1972… pour ne jamais la quitter : «
J’ai juste changé d’actionnaire ». Dans sa longue carrière, 1987 marque une étape importante : il est nommé administrateur délégué Danone… Italie. La bella vita… «
C’était une autre dimension : j’entrais dans une entreprise extrêmement jeune, innovante et dynamique. Le marché, en Italie, était en pleine expansion. J’avais le sentiment de conduire une Ferrari. J’ai appris à lire les ventes au quotidien ; j’ai appris la réactivité. » Thomas Derville ne s’en cache pas : après une telle expérience, un poste à Dijon ? La proposition manquait un peu de piquant. «
La ville m’apparaissait petite, provinciale. Je pensais ne pas rester longtemps. Et quinze ans après, je suis toujours là ! »
«
Il faut organiser et construire à Dijon le territoire du goût. » Cette phrase, lue dans la presse en septembre 2002, Thomas Derville la martèle depuis des années. Le capitaine du vaisseau Amora a mis la main à la pâte. Successivement directeur général d’Amora, DG de Liebig-Maille-Amora et président d’Amora-Maille, il s’est battu pour ramener Liebig et Maille, dont le siège était à Paris, à Dijon. Il a œuvré pour l’installation, dans la capitale bourguignonne, du
Centre européen des sciences du goût – « la pierre angulaire du dispositif Vitagora ». Enfin, dernier coup d’éclat, il a convaincu le siège d’Unilever Bestfood d’implanter à Dijon son centre européen d’innovation sur les sauces et les condiments. Inauguré en avril, «
cet institut définit désormais la politique du groupe, pour les sauces, de Dublin à Vladivostok ». Thomas Derville, à sa façon, a été l’un des artisans de Vitagora, avant Vitagora. Et aujourd’hui, qui mieux que lui peut porter la candidature dijonnaise aux pôles de compétitivité ? Il est d’autant plus l’homme de la situation qu’il a cultivé les réseaux. « Il est l’ami de tous », dit un proche. Aujourd’hui, les élus comme les chefs d’entreprises parlent de « Thomas » tout court. Plus besoin de préciser. En poste à Dijon, il a pratiqué ce qu’il appelle «
l’implication territoriale» – « un axe de la politique héritée de chez Danone ». Illustration par l’exemple : il a été l’inspirateur, en 2002, de Bourgogne Entreprendre, une association de soutien à la création d’entreprise.
À 60 ans, Thomas Derville, en randonneur averti, a l’endurance d’un jeune poulain. Il entretient sa forme. Lui qui adore cuisiner, notamment le poisson qu’il pêche, se pèse chaque jour : « C’est la clef de la santé », dit-il. Mais il ne se prive pas. Ses recettes l’attestent : s’il est un fan de la papillote et du barbecue, il est aussi un expert en sauces – corail ou beurre blanc. Thomas Derville, à table comme dans la vie, affiche une égale gourmandise.
Intervention de Thomas DERVILLE au Conseil de Communauté du 17 mars 2005.