« Quand on survole l’agglomération dijonnaise, on perçoit cette relation d’interdépendance qui unit la base aérienne avec son environnement proche ». Le colonel commandant la base aérienne 102 de Longvic quitte une agglomération à laquelle il reste attaché, après deux années pendant lesquelles il a œuvré en faveur d’un rapprochement entre l’armée de l’air et le monde civil.
Entre le 2 juillet 2003 et le 1er septembre 2005, jour de son départ du commandement de la BA 102, le colonel Emmanuel de Romémont aura volé 70 heures aux commandes d’un Mirage 2000-5. Une goutte d’eau sur ses quelques 2 900 heures de vol et 81 missions de guerre. Mais une bonne façon de se rendre compte que « le destin de la base et celui de cette ville sont intimement liés, et depuis longtemps, d’où le degré d’acceptation très élevé et le grand respect éprouvé pour l’armée de l’air ici ».
En deux ans, le colonel n’a jamais senti faiblir le « sentiment d’attachement des Grands Dijonnais à la base ». Moment clé de cette communion, et souvenir particulièrement fort pour lui à l’heure du départ, «charnel » ose-t-il même : ce meeting, organisé le 27 juin 2004 pour célébrer à la fois les 70 ans de l’armée de l’air, les 90 ans de l’aérodrome militaire de Longvic et les 20 ans du Mirage 2000. On serait satisfait à moins : 40 000 spectateurs ont assisté au spectacle ce jour-là. Ce mois de juin a été remarquable à un autre titre : la veille du meeting, le colonel et le président du Grand Dijon signaient une convention de partenariat (lire notre page dans la rubrique "Economie"). Un accord paradoxalement inédit. « J’ai d’emblée refusé une quelconque ghettoïsation de l’armée de l’air, et senti qu’il fallait capitaliser sur le considérable attachement des Dijonnais à leur base pour davantage de liens encore ». Le 25 octobre 2004, un bus siglé Divia dessert la base. Une première. Et un symbole. « Le symbole du dialogue et de la connexion », souligne Emmanuel de Romémont. « La convention signée avec le Grand Dijon a marqué, de part et d’autre, un engouement et un engagement, qu’il faut aujourd’hui bonifier ».
Emmanuel de Romémont a également signé, en tant que Délégué Militaire Départemental, une convention avec le Conseil général et la Caisse d’allocations familiales de Côte-d’Or pour la prise en charge des enfants des militaires. Cette ouverture vers les autorités civiles, cet esprit de dialogue constructif empreint de pragmatisme, le colonel les doit à sa personnalité, lui qui se décrit volontiers comme «curieux de tout, soucieux de relier les gens, de rencontrer les autres ». Il les doit aussi à un parcours pas tout à fait linéaire : outre l’École de l’air, il a fréquenté les amphithéâtres de l’Institut d’études politiques de Strasbourg, dont il est diplômé en 1995… « d’où, peut-être, une certaine aisance dans le contact avec les politiques », admet-il. Et puis de son passage aux États-Unis, où il a suivi les cours de l’École supérieure de guerre aérienne de Maxwell, dans l’Alabama, qui a conforté son tempérament combatif et décidé.
Après avoir tant voyagé, le colonel s’est donc posé deux ans à Dijon. Une ville « belle, humaine, chaleureuse » à laquelle il se sent très attaché. En 1990 déjà, il avait été nommé à la base comme pilote au sein de l’escadron 01.002 Cigognes, dont il prendra le commandement l’année suivante. C’est à cette époque que naît, à Dijon, sa fille Julia. Alors Emmanuel de Romémont ne saurait imaginer que la base puisse un jour disparaître. Souvent interrogé sur le sujet, il répond volontiers que, un jour peut-être, quand la vie opérationnelle des Mirage 2000-5 sera achevée, à l’horizon 2015 ou 2020, Longvic ne sera plus une base de chasse. Mais elle restera une base de l’armée de l’air où seront basées des unités de formation et de documentation, des unités de « soutien » et des services décentralisés de l’état-major. Et pour cela, il faut que la base, à l’image d’un territoire, dope son attractivité, renforce sans cesse ses liens avec son environnement, joue le jeu de l’ouverture et du partenariat. C’est tout le sens de l’action qu’il a menée sur l’agglomération. Parce qu’il a su donner une autre dimension au lien historique entre la base et le territoire sur lequel elle est implantée, ou parce qu’il a su le raconter autrement, le colonel laissera une marque bien à lui à Dijon.