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sam. 11 février 2012
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Alfred Peter : le paysagiste qui va changer Dijon

 

Paysagiste à Strasbourg, Alfred Peter s'est fait une spécialité de l'insertion des tramways dans les villes. A Dijon, après avoir imaginé le parking-relais de Mirande, il est chargé, aux côtés du groupe Egis, de faire des « désirs de tramway » des Grands Dijonnais une réalité.

Alfred Peter, 51 ans, paysagiste de formation et de métier, est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes des questions d’urbanisme et de mobilité. Depuis qu’il a remporté le concours lancé par la Communauté urbaine de Strasbourg, en 1990, pour l’aménagement complet le long de la première ligne de tramway de la capitale alsacienne, il a été appelé à intervenir à Marseille, à Montpellier, à Karlsruhe, à Münich… A chaque fois, des tramways ou des « tram-trains » imposent de redessiner l’urbanisme. « C’est l’école française : comme on a tout arraché (rails et fils électriques) dans les années 1960-1970, il faut tout reconstruire aujourd’hui. Du coup, c’est une formidable opportunité de repenser la ville tout entière. » De ce point de vue, Dijon est un challenge qui l’excite au plus haut point. « Le tramway de Dijon est un trait d’union entre 43 projets ponctuels. Piscine olympique, esplanade Erasme sur le campus, opérations de renouvellement urbain dans les quartiers, parc Valmy, nouvel hôpital, grand stade… sont des perles le long d’un collier. La ville est en mutation, le tramway va donner une cohérence à cet ensemble de projets. Une telle convergence de projets est probablement unique en Europe ! »

Paysagiste de formation – il a « fait » l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles – mais formé à l’architecture par un grand nom – Paul Chemetov, auteur notamment du ministère de l’Economie à Paris qu’on aperçoit en arrivant en TGV depuis Dijon -, il travaille sur des questions qui sont à la limite entre l’urbanisme, l’architecture et la mobilité. Et depuis 20 ans qu’il revisite des villes et des quartiers, il a vu évoluer les mentalités sur le sujet. « Une formidable opportunité s’offre à nous. Nos agglomérations sont congestionnées et les gens en ont ras-le-bol de l’omniprésence de la voiture. Ils veulent pouvoir se promener tranquillement, lâcher la main de leurs enfants, faire du vélo en sécurité. » A Dijon, l’arrivée du tramway se traduira donc, au nom d’un espace public mieux partagé et d’un aménagement durable, par la réduction de la place accordée à la voiture. Place Darcy ? « Là où on l’on compte aujourd’hui 11 files qui défigurent cette place, il n’y en aura plus que quatre demain. » Les boulevards qui ceinturent le centre-ville ? « Ce sont des ceintures de chasteté ! Demain, ils redeviendront de vrais boulevards de centre-ville. » Ce qui impliquera naturellement de repousser un peu plus loin les voitures. En la matière, les villes allemandes, auxquelles ce parfait bilingue français-allemand consacre un quart de son activité, ont pris de l’avance. En France, les projets continuent de faire grincer des dents mais finissent par s’imposer. Alfred Peter le constate au mont Saint-Michel, où il prépare un ambitieux projet visant à sortir les voitures de la baie pour proposer un transport public desservant le mont. A Nice aussi, où il va changer le visage de la Promenade des Anglais. En Belgique encore, le paysagiste strasbourgeois travaille sur le tram-train du Limbourg, entre Maastricht et Hasselt.

Le cabinet Alfred Peter n’a jamais connu la crise. Il s’impose progressivement, depuis 1982, comme un cabinet de référence à travers la France et l’Allemagne. Fort de 15 collaborateurs, il conserve une taille humaine. C’est Alfred Peter lui-même qui vient à Dijon, presque toutes les semaines, pour peaufiner le projet de tramway, participer à toutes les réunions. Ce qui ne l’empêche pas de filer à Cagnes-sur-Mer, à Heilbronn ou à Grenoble, de s’occuper d’un pont de 800 mètres de long à construire du côté de Belfort sur la ligne TGV Dijon-Mulhouse, de donner au passage quelques cours dans des écoles d’architecture et même de plancher sur le futur visage du village de Meursault. « Un Alsacien, ça ne se déracine pas », dit-il pourtant avec le sourire. N’empêche, il traverse l’Europe pour faire progresser les grandes villes qui ont choisi le développement durable. Une chance pour Dijon.
Dates clés

1957 : Naissance à Ingwiller, en Alsace
1978 : Entre à l’Ecole nationale supérieure du paysage, à Versailles
1982 : Crée son agence à Strabourg
1990 : Remporte le concours de la première ligne du tramway de Strasbourg
2006 :
Première intervention à Dijon, sur le parking-relais Mirande
2008 : Dessine le tramway de Dijon